Samsung, SK Hynix et Micron, qui produisent l'immense majorité de la mémoire DRAM dans le monde, sont visés par une nouvelle plainte antitrust fédérale aux États-Unis. Les trois groupes sont accusés d'avoir volontairement limité la production de mémoire DDR3 et DDR4 afin de faire grimper les prix, tout en privilégiant la fabrication de mémoire HBM destinée aux centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. Les plaignants réclament une action collective au nom des consommateurs et des entreprises ayant payé leurs produits plus cher.
Selon Law360 un rapport fait état d'une plainte déposée devant la justice fédérale américaine accusant Samsung, SK Hynix et Micron d'avoir coordonné leur stratégie de production afin de restreindre l'offre de mémoire DRAM classique. Selon les plaignants, cette politique aurait provoqué une forte hausse des prix alors même que la demande continuait de progresser.
Les trois entreprises représenteraient à elles seules la quasi-totalité de la production mondiale de DRAM. La plainte estime qu'un marché concurrentiel aurait normalement poussé au moins l'un des fabricants à augmenter sa production pour profiter de la hausse des prix. Les demandeurs affirment que cela ne s'est jamais produit, alimentant les soupçons d'une entente entre les principaux acteurs du secteur.
Cette nouvelle affaire est déjà surnommée RAMpocalypse ou RAMageddon par plusieurs médias spécialisés, en référence à l'envolée spectaculaire du prix de la mémoire ces derniers mois dont les prix vont rester élevé juqu'en 2031.
La plainte soutient que les fabricants ont progressivement réduit la production de mémoire DDR3 et DDR4 afin de concentrer leurs capacités sur la mémoire HBM.
Cette technologie, beaucoup plus coûteuse, est principalement utilisée dans les accélérateurs d'intelligence artificielle et les centres de données. Avec l'explosion des investissements dans l'IA, les grands fournisseurs auraient signé des contrats de longue durée avec des entreprises du secteur, renforçant encore cette réorientation industrielle.
Les plaignants estiment que cette transition ne justifie pas une réduction aussi importante de l'offre de mémoire traditionnelle, utilisée dans les ordinateurs, les serveurs, les consoles et de nombreux appareils électroniques. Selon eux, cette stratégie a artificiellement entretenu la pénurie et permis aux prix d'atteindre des niveaux bien supérieurs à ceux d'un marché réellement concurrentiel.
La hausse du coût de la mémoire DRAM touche désormais une grande partie de l'industrie technologique. Les fabricants de matériel répercutent progressivement ces coûts supplémentaires sur leurs produits.
Si les prix de la mémoire restent élevés, les analystes s'attendent à de nouvelles hausses sur de nombreux produits électroniques destinés au grand public.
L'histoire se répète encore une fois, la plainte rappelle que Samsung, SK Hynix et Micron ne découvrent pas les accusations d'entente sur les prix.
En 2005, Samsung avait reconnu sa participation à une conspiration internationale sur les prix de la DRAM et accepté de payer une amende de 300 millions de dollars aux États-Unis.
SK Hynix avait également plaidé coupable et écopé d'une amende de 185 millions de dollars. Micron avait évité une sanction financière en collaborant avec les autorités américaines.
Les trois entreprises avaient aussi fait l'objet d'une enquête des autorités chinoises lors d'une précédente flambée des prix entre 2016 et 2018. Les plaignants estiment que cette nouvelle affaire représenterait un troisième épisode impliquant les mêmes acteurs sur le même marché.
La procédure demande la reconnaissance d'une action collective afin d'obtenir des dommages et intérêts pour les entreprises et les consommateurs qui auraient payé des prix artificiellement gonflés pour des produits intégrant de la mémoire DRAM.
À ce stade, aucune décision n'a été rendue et les accusations devront être examinées par la justice. Si le dossier aboutit, il pourrait relancer le débat sur la concurrence dans le secteur des semi-conducteurs et sur l'impact de la course à l'intelligence artificielle sur les composants utilisés par les joueurs comme par les fabricants de matériel.