Ce test a été réalisé à l'aide d'une clé offerte par l'éditeur
Crimson Desert fait partie de cette catégorie de jeux dont je me méfie toujours un peu : ceux que tout le monde attend, entourés de promesses tellement énormes qu’on finit presque par préparer la déception avant même d’avoir lancé la première partie. Pourtant, malgré cette méfiance naturelle, j’avais envie d’y croire. L’idée d’un grand RPG capable de me proposer un récit marquant, un héros auquel m’attacher et une exploration capable d’engloutir des dizaines d’heures comme à l’époque de Skyrim avait franchement de quoi séduire. Mais si je me méfie de ce genre de productions, c’est surtout parce que l’exaltation finit souvent par laisser place à une immense soupe tiède.
Laisser au temps le temps
Après des débuts particulièrement compliqués, notamment à cause de combinaisons de touches contre-intuitives au possible, j’ai décidé de laisser une chance au jeu. Le temps des patchs, le temps des ajustements, le temps que Pearl Abyss corrige ce qui pouvait l’être. Nous voilà désormais près de deux mois après la sortie et, même si le studio continue d’améliorer son titre avec des mises à jour régulières, certaines choses ne se patchent malheureusement pas.
Commençons par l’histoire. Vous incarnez Kliff Macduff, chef d’un groupe de mercenaires appelé les "Crinières Grises", chargé de maintenir un semblant de paix dans la région de Pywel. Tout démarre lorsqu’un clan rival, les "Ours Noirs", attaque votre groupe, décime ses membres et disperse les survivants aux quatre coins du territoire. Votre objectif sera donc de reformer votre faction tout en découvrant qu’une mystérieuse force menace l’équilibre du monde et que, évidemment, vous êtes l’élu destiné à affronter ces ténèbres nébuleuses.
Sur le papier, difficile de faire plus classique. Et dans les faits, c’est à peu près ça. Le problème, c’est qu’à cette intrigue déjà très balisée s’ajoute un protagoniste tellement peu marquant qu’il m’a fallu retourner chercher son nom sur internet pour rédiger ce test. Quant au développement du scénario, il demande une patience presque militante. Pendant près d’une dizaine d’heures, le jeu vous occupe avec des quêtes introductives consistant à ramoner une cheminée, retrouver une chèvre disparue ou chasser trois bandits vaguement alcoolisés avant, paraît-il, d’atteindre enfin la partie intéressante. Et quand un jeu demande plus de dix heures avant de devenir "vraiment bien", cela signifie surtout que votre remboursement Steam est déjà loin derrière vous. Ce qui est presque une stratégie commerciale à ce niveau-là.
Le plus inquiétant, c’est que l’histoire tiède et le héros fade sont loin d’être les plus gros problèmes du jeu.

Une technique qui impressionne vraiment
Avant d’attaquer le vrai sujet qui fâche, il faut reconnaître une chose à Crimson Desert : techniquement, le jeu en impose. Certes, certaines textures donnent parfois l’impression d’avoir été oubliées au fond d’un vieux disque dur de 2014, mais l’ensemble reste globalement très impressionnant visuellement.
Les villes, villages et hameaux débordent de détails. Les bâtiments, les fenêtres, la végétation, les petits éléments du décor… Pearl Abyss montre un vrai savoir-faire dans la composition de ses environnements. Mais ce qui frappe le plus, ce n’est même pas le niveau de détail : c’est la manière dont le studio construit ses panoramas.
Pywel est magnifique. Chaque détour donne l’impression de tomber sur une carte postale géante et le monde évite souvent le piège du "grand espace vide entre deux points d’intérêt". Même les simples trajets deviennent agréables à parcourir tant certaines vues sont réussies. Sur ce point, on retrouve clairement l’expérience du studio derrière Black Desert Online.
Évidemment, une telle ambition technique demande aussi une machine solide sur PC. De mon côté, aucun souci avec une configuration équipée d’une RTX 4070, d’un i7 de 13e génération et de 32Go de RAM. J’ai également pu y jouer via GeForce Now sur un petit PC portable sans rencontrer de problème majeur.


Une ergonomie capable de ruiner toute l’expérience
Et nous voilà enfin devant le véritable mur de Crimson Desert : son gameplay. Ou plus précisément son ergonomie, qui réussit l’exploit de compliquer absolument tout.
Le principal problème du jeu vient de son mapping de touches. Chaque action demande une combinaison, ce qui transforme la moindre interaction en exercice de gymnastique mentale. Pour parler à un PNJ, il faut par exemple faire RB + A (ou R1 + X pour les joueurs PS). Jusque-là, pourquoi pas. Sauf que si votre doigt glisse accidentellement sur RT (ou R2) ou tout simplement que vous avez oubliez de quel bouton il s’agissait, vous envoyez une flèche directement dans le visage du pauvre villageois venu vous demander de retrouver sa chèvre.
Et cette obsession des combinaisons ne s’arrête évidemment pas aux interactions. Les combats fonctionnent exactement sur le même principe. Vous pouvez faire des attaques simples, lourdes, perforantes, des coups circulaires suivis de bonds arrière et toute une série d’enchaînements plus ou moins complexes. Sur le papier, cette richesse apporte de la profondeur. En pratique, on passe surtout son temps à regarder ses doigts en espérant ne pas déclencher une roulade arrière vers une falaise.
Le plus frustrant, c’est qu’on sent que l’intention derrière le système est bonne. Pearl Abyss voulait clairement proposer quelque chose de dense et technique. Mais à vouloir tout complexifier, le jeu finit surtout par devenir fatigant.
À cela s’ajoute une partie exploration et puzzles qui cherche très visiblement à rappeler Zelda, sans jamais réellement atteindre ce niveau de fluidité ou d’intelligence dans le design. Entre les approximations, les indications parfois floues et certaines mécaniques peu naturelles, le jeu alterne constamment entre moments corrects et séquences franchement pénibles.
