Votre routeur WiFi ne sert peut-être plus uniquement à accéder à Internet. Un projet open source baptisé RuView, déjà suivi par plus de 82 000 étoiles sur GitHub, montre qu'il est possible de transformer les ondes radio d'un réseau domestique en véritable système de détection. Sans caméra ni objet connecté porté sur soi, l'outil affirme pouvoir repérer une présence, suivre les mouvements, mesurer la respiration et même estimer le rythme cardiaque à travers les murs grâce à de simples capteurs ESP32 à faible coût. Ces capacités sont celles revendiquées par le projet et reposent sur l'analyse des perturbations des signaux WiFi.
Le projet RuView transforme le WiFi en système de détection spatiale
Derrière cette démonstration se trouve RuView, une plateforme open source qui exploite le Channel State Information (CSI), c'est-à-dire les variations du signal radio provoquées par les personnes présentes dans un logement.
Selon ses auteurs, chaque déplacement, chaque respiration et même une personne immobile modifient légèrement les ondes WiFi, suffisamment pour qu'une intelligence artificielle puisse interpréter ces changements.
Le projet ne repose pas sur une caméra ou un capteur optique. Il utilise des cartes ESP32, annoncées à partir d'environ 9 dollars par nœud, capables de récupérer ces informations radio avant de les transmettre à un modèle d'intelligence artificielle fonctionnant localement. Aucun traitement dans le cloud n'est présenté comme nécessaire.
L'IA détecte respiration, mouvements et rythme cardiaque sans contact
Les fonctionnalités annoncées vont bien au-delà d'une simple détection de présence.
RuView indique pouvoir reconnaître si une personne marche, s'assoit, dort ou chute. Le projet évoque également une estimation du rythme respiratoire, du rythme cardiaque ainsi qu'une analyse du sommeil avec dépistage potentiel de certaines anomalies respiratoires.
Le dépôt GitHub décrit aussi des fonctions destinées à la maison connectée. Le système peut publier automatiquement des états comme chambre occupée, personne endormie, absence prolongée d'une personne âgée, sortie du lit ou risque de chute. Ces informations peuvent ensuite être transmises à Home Assistant, Apple Home, Google Home, Amazon Alexa ou encore via Matter.

Une technologie qui fonctionne entièrement en local selon ses créateurs
L'un des arguments avancés par les développeurs concerne la confidentialité. Le projet affirme que toutes les analyses peuvent être réalisées directement sur le matériel installé à domicile, sans caméra, sans application mobile et sans connexion Internet. Le modèle d'intelligence artificielle est présenté comme extrêmement léger, avec une taille d'environ 8 Ko, lui permettant de fonctionner en quelques microsecondes sur un Raspberry Pi.
Les développeurs précisent également que leur système apprend les caractéristiques radio propres à chaque logement en moins de 30 secondes grâce à un réseau neuronal spécialisé. Ils ajoutent que plusieurs canaux WiFi peuvent être utilisés afin d'améliorer les performances de détection.
Les performances annoncées restent à interpréter avec prudence
Si les démonstrations impressionnent, certaines affirmations méritent toutefois d'être replacées dans leur contexte.
Le dépôt GitHub indique notamment qu'une ancienne revendication de 100 % de détection de présence a été retirée. Les auteurs mettent désormais en avant une précision de 82,3 % sur un test temporel spécifique de leur encodeur, tout en reconnaissant que les chiffres précédemment publiés étaient issus d'un scénario beaucoup plus limité.
Autrement dit, même si les résultats sont prometteurs, les performances réelles dépendront fortement de l'environnement, des murs, du mobilier, du nombre de capteurs installés et des conditions d'utilisation. Le projet constitue avant tout une plateforme de recherche et de développement ouverte, dont les capacités annoncées demandent encore à être validées dans des situations variées.

Le WiFi pourrait devenir un nouveau capteur pour la maison connectée
RuView illustre surtout une évolution qui intéresse de plus en plus les chercheurs et les industriels. Les ondes radio déjà présentes dans nos logements peuvent servir à bien plus qu'au transport de données. Elles pourraient aussi devenir une source d'informations permettant d'automatiser certaines fonctions d'une habitation, d'améliorer le suivi des personnes âgées ou encore de surveiller un logement sans recourir à des caméras.
Reste que cette perspective soulève également des questions importantes autour de la vie privée et des usages futurs. Si ces technologies continuent de progresser, elles pourraient profondément modifier notre rapport aux objets connectés et à la surveillance domestique.
