Lors des municipales 2026, l’intelligence artificielle ne s’est pas contentée d’assister les équipes de campagne. Elle a profondément transformé la manière de communiquer, au point de brouiller la frontière entre réel et fabrication. Génération d’images, textes automatisés, utilisation de données détournées : sur le terrain, les dérives ont été bien réelles, parfois visibles, parfois beaucoup plus discrètes. Ayant moi-même été candidat sur une liste de ma commune, plusieurs dérives m’ont sauté aux yeux.

 

Une présence massive de l’IA dans les campagnes municipales

Pendant toute la période électorale, l’IA s’est imposée dans de nombreuses communes. Flyers, visuels, logos, sites internet : une grande partie des supports de communication a été générée ou assistée par des outils automatisés comme le démontre le média 20 Minutes.

Ce phénomène n’a rien d’anecdotique. Il s’est généralisé à toutes les échelles, y compris dans des campagnes locales, avec des moyens pourtant limités. L’IA permet aujourd’hui de produire rapidement du contenu en masse, sans expertise technique particulière.

Mais cette facilité a aussi ses limites. Dans plusieurs cas concrets, des visuels diffusés publiquement présentaient des incohérences flagrantes.

Des personnages déformés, avec plusieurs bras ou jambes, ou encore des scènes sans logique réelle. Des erreurs typiques des IA génératives, mais qui ont malgré tout été utilisées dans des communications officielles.

 

Des modifications de la réalité jusque dans le patrimoine local

Dans certaines communes, l’IA ne s’est pas contentée de produire du contenu approximatif. Elle a directement altéré des éléments du réel.

Un exemple marquant dans ma propre commune à Sallanches : la modification d’un monument historique local dans un visuel de campagne.

Une croix présente sur le vieux pont de Saint-Martin a été remplacée par un personnage fictif généré par IA. Une transformation qui n’a aucun fondement réel, mais qui a été utilisée comme support de communication.

 

image généré par l'IA
Image générée sur les flyers de la campagne du vieux pont de Saint-Martin.

 

image réelle
Image réelle du vieux pont de Saint-Martin.

Ces pratiques posent une question simple : jusqu’où peut-on modifier la réalité dans un contexte électoral sans informer les citoyens ?

 

Données personnelles et dérives : un usage détourné bien réel

Au-delà des visuels, c’est l’utilisation des données qui soulève les inquiétudes les plus sérieuses.

Un cas concret illustre ce problème : l’utilisation de données issues d’un programme de fidélité commercial pour envoyer des SMS liés à une campagne municipale. Des informations collectées dans un cadre totalement différent ont été réutilisées à des fins politiques.

Ce type de pratique pose un problème évident de confiance. Les utilisateurs confient leurs données pour un service précis, pas pour être intégrés à des communications électorales.

 

Fuite de données et erreurs critiques sur les sites de campagne

Les problèmes ne s’arrêtent pas là. Certaines campagnes ont également exposé des failles techniques majeures, comme je l’indique dans mon article sur les IA utilisées par les développeurs.

Le cas du site lié à Sarah Knafo est particulièrement révélateur. Selon les observations de Christophe Boutry, des données sensibles auraient été accessibles directement depuis la console développeur : noms, prénoms, réponses des participants, pièces d'identité, numéro de téléphone...

Ce type de faille est critique. Il signifie que des données personnelles ont potentiellement été exposées publiquement, sans protection.

Dans un contexte électoral, cela va encore plus loin : les réponses collectées peuvent révéler des opinions ou des positions, ce qui pose un problème évident de confidentialité.

 

Paris à cœur ouvert (site Sarah Knafo)

 

Une dépendance à l’IA qui dépasse la maîtrise technique

Ce que montrent les municipales 2026, ce n’est pas seulement une adoption massive de l’IA. C’est surtout une utilisation sans véritable contrôle. Beaucoup d’outils ont été utilisés pour gagner du temps, produire plus vite, automatiser. Mais sans compréhension technique ou vérification derrière, les erreurs se multiplient.

Entre images incohérentes, modifications du réel et failles de sécurité, l’IA devient un facteur de risque lorsqu’elle est utilisée sans cadre.

 

Municipales 2026 : l’IA entre outil de communication et dérive incontrôlée

L’intelligence artificielle a clairement trouvé sa place dans les campagnes municipales. Mais son utilisation en 2026 montre aussi ses limites.

Production massive de contenu, altération du réel, utilisation discutable des données : les dérives existent et elles sont concrètes. L’enjeu désormais n’est plus de savoir si l’IA doit être utilisée, mais comment éviter qu’elle ne devienne un outil de confusion ou de perte de confiance pour les citoyens.

 

Sources : 20 Minutes, Fuites Infos, Captures flyers Sallanches, Sallanches