Test Cairn : au sommet de soi-même

Publié le 29 Janv 2026 à 15h00

8.5
Test Cairn : au sommet de soi-même

Ce test a été réalisé à l'aide d'une clé envoyé par The Game Bakers

Seule face à une paroi gigantesque, Aava progresse centimètre par centimètre, les doigts crispés sur la roche, oscillant entre souffrance et fascination. Cairn raconte cette ascension obsessionnelle du mont Kami, une montagne qui ne se contente pas de tester votre adresse à la manette : elle questionne aussi ce qui pousse les êtres humains à risquer leur vie pour atteindre un sommet. Entre jeu d’escalade exigeant et voyage intérieur, Cairn vous demande de choisir votre voie, prise après prise, de gérer avec soin eau, nourriture et abris, et d’accepter que chaque erreur puisse être fatale. Derrière ses panoramas vertigineux et les traces d’une civilisation troglodyte oubliée, il promet une aventure aussi tendue que contemplative. Reste à savoir si la montagne mérite l’effort qu’elle exige du joueur.

 

Une ascension intimiste

Nous voilà plongés dans un univers réaliste où l’on incarne Aava, alpiniste chevronnée, déterminée à gravir le mont Kami, une montagne dont nul n’a encore atteint le sommet. Cette quête insensée, à la fois physique et mentale, révèle peu à peu un personnage complexe, porté par un ego démesuré autant que par une volonté de dépassement. Cette profondeur donne rapidement une deuxième dimension au jeu : Cairn s’impose autant comme une expérience psychologique que comme un jeu d’escalade technique.

Mais le récit ne s’arrête pas à l’histoire personnelle d’Aava. Chaque élément rencontré sur le chemin, panneaux, personnages, crevasses, participe à une narration environnementale riche et évocatrice. Le jeu impressionne par la manière dont il tisse un récit à travers son level design, enchaînant les paysages saisissants qui ponctuent l’ascension. À plusieurs reprises, Cairn déclenche des "waouw" sincères, que ce soit devant un panorama inattendu ou en découvrant un détail surprenant, comme cette petite grotte en début de partie qui semble témoigner des restes d’une ancienne rave party.

 

Cairn

 

Entre survie et verticalité

Les mécaniques de Cairn sont à la fois limpides et redoutablement exigeantes. L’escalade repose d’abord sur l’analyse minutieuse du relief : chaque paroi devient une énigme à résoudre, chaque prise un pari à calculer. À cela s’ajoute une gestion invisible mais omniprésente de l’endurance : aucune jauge ne l’indique à l’écran, mais Aava peut céder à l’épuisement à tout moment.

Le second pilier du gameplay repose sur la survie et la gestion des ressources vitales. Pour continuer son ascension, Aava doit s’hydrater et se nourrir, ce qui implique d’explorer les environs pour trouver des vivres abandonnés ou pêcher dans les ruisseaux. Cette mécanique enrichit l’expérience : elle nous oblige à sortir des sentiers battus, à planifier nos étapes, et elle devient un véritable enjeu quand les provisions viennent à manquer. La rareté de ces ressources, surtout en cas de progression lente, ajoute un poids supplémentaire à chaque décision.

 

Cairn

 

Une montagne de sensations

Avant d’aborder la difficulté et la rejouabilité du jeu, il faut saluer sa direction artistique, tout simplement remarquable. The Game Bakers accordent toujours une attention particulière au visuel et au sonore, et Cairn ne fait pas exception. Pour l’occasion, le studio a fait appel à Mathieu Bablet, auteur de bande dessinée reconnu, qui signe ici l’univers graphique et le scénario. On retrouve sa patte dans le design des personnages, mais aussi dans les interrogations existentielles qui traversent les dialogues et les rencontres, notamment autour de la notion de performance et de cette quête de défi qui semble parfois obséder Aava.

Le sound design n’est pas en reste : l’ambiance sonore du jeu est assurée par l’équipe derrière les musiques de Limbo, Inside et Cocoon. La bande son, discrète mais toujours juste, accompagne l’ascension avec retenue. Elle laisse au silence et au souffle de l’altitude la place qu’ils méritent, tout en venant souligner les découvertes majeures avec justesse. Là encore, Cairn sait créer des moments suspendus, portés par un équilibre subtil entre immersion et émotion.

 

Cairn

 

Entre défi et acceptation

Comme évoqué plus tôt, Cairn est un jeu facile à prendre en main, mais difficile à maîtriser. En mode "alpiniste", la difficulté devient un véritable mur, non pas tant à cause de la complexité des mécaniques que de la précision parfois frustrante des contrôles. Il arrive que l’on pense avoir bien placé un membre, pour se rendre compte que le relief n’a pas été pris en compte comme prévu. Ce genre de micro-accrocs s’accumule au fil de l’ascension, et peut s’avérer décourageant.

Pour beaucoup, atteindre le sommet du mont Kami nécessitera de mettre de côté son orgueil et d’oser explorer les options d’accessibilité. Il est par exemple possible d’activer des aides visuelles, comme la surbrillance d’un membre lorsqu’il est bien positionné. Ces ajustements permettent d’adoucir une difficulté parfois abrupte, sans pour autant trahir l’exigence du jeu.

La richesse des chemins possibles offre en revanche une forte rejouabilité. Deux parties peuvent suivre des routes totalement différentes, et le jeu encourage cette liberté d’approche. Une option permet même d’activer un chronomètre, clin d’œil assumé à la communauté des speedrunners qui ne manquera sans doute pas de s’emparer du titre.

 

Cairn

Si vous souhaitez découvrir les coulisses de Cairn, nous avons eu la chance d’obtenir une interview écrite avec les développeurs.

Verdict final

Cairn est de ces jeux qui demandent un vrai engagement, physique et mental. Il récompense la patience, l’observation, la curiosité, et propose une aventure à la fois rude et poétique. Plus qu’un simple jeu d’escalade, c’est une introspection verticale, un dialogue constant entre la roche et l’âme. Et même si la montagne ne fait aucun cadeau, il y a dans cette ascension quelque chose de profondément humain.
Test réalisé depuis une version PC avec 20h+ de temps de jeu.

Les points clés

  • Une narration profonde accompagnée d'une bande son très juste
  • Un potentiel de rejouabilité énorme
  • Des mécaniques facile à comprendre et difficile à maîtriser
  • De très nombreux ester eggs
  • Pleins d'excellentes idées dans le gemaplay
  • Une frustration parfois importante
  • Le jeu est très punitif
  • J'ai eu l'impression qu'il pleuvait très souvent dans ma partie
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