Après le vote controversé d'une taxe de 5,5 centimes par gigaoctet transmis aux internautes français, les réactions continuent de se multiplier dans le secteur numérique. Ce samedi 31 octobre 2026, Octave Klaba, fondateur et PDG d'OVHcloud, a publié une analyse détaillée des conséquences économiques de cette mesure. Selon ses estimations, la taxe pourrait représenter jusqu'à 70 millions d'euros par an avant plafonnement pour son entreprise, avec un risque de répercussion sur les tarifs des clients.

OVHcloud pourrait devoir supporter jusqu'à 70 millions d'euros de taxe par an

Le patron d'OVHcloud, l'un des principaux hébergeurs français, a pris le temps d'étudier l'amendement I-1358 adopté vendredi 30 octobre par l'Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027.

Et les chiffres avancés par Octave Klaba donnent une tout autre dimension à cette taxe, initialement présentée comme un moyen de faire davantage contribuer les géants internationaux du numérique.

Selon ses estimations, OVHcloud transmet environ 500 Gbit/s au 95e percentile vers les fournisseurs d'accès à Internet français, soit un débit moyen d'environ 324 Gbit/s.

En appliquant le tarif de 0,055 euro par gigaoctet à ce volume de données, l'entreprise atteindrait environ 70 millions d'euros de taxe brute par an.

Le texte prévoit néanmoins un plafonnement lié au chiffre d'affaires, fixé à 15 % du chiffre d'affaires français ou à 2 % du chiffre d'affaires mondial. En tenant compte de ces limites, Octave Klaba estime que la contribution pourrait représenter entre 23 et 70 millions d'euros annuels pour OVHcloud.

Ces montants restent des projections réalisées par le dirigeant à partir des données de trafic de son entreprise, et non une facture fiscale déjà établie.

Une taxe potentiellement bien supérieure au coût de la bande passante

Pour illustrer le problème, Octave Klaba compare le montant de la future taxe aux tarifs actuellement pratiqués pour transporter les données sur Internet.

Selon ses exemples, un port réseau de 100 Gbit/s coûte environ 6 300 euros par mois auprès d'un fournisseur de transit international. Une interconnexion directe avec un opérateur européen reviendrait plutôt entre 20 000 et 30 000 euros mensuels.

Sur une telle connexion, utilisée en moyenne à 57 % de sa capacité, environ 18,6 millions de gigaoctets seraient transférés chaque mois.

Résultat, la taxe atteindrait environ 1,02 million d'euros par mois, soit plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine de fois le coût de l'interconnexion elle-même.

Le dirigeant compare également cette contribution aux frais de transfert sortant pratiqués par certains grands fournisseurs de cloud, généralement compris entre 0,045 et 0,08 euro par gigaoctet selon les volumes.

Avec ses 0,055 euro par Go, la nouvelle taxe représenterait à elle seule entre 68 % et 123 % de ces tarifs.

Autrement dit, pour certaines offres de cloud, elle pourrait constituer une charge supplémentaire comparable au prix déjà facturé pour la sortie des données.

Une augmentation des prix des serveurs et des hébergements à prévoir ?

C'est probablement l'une des principales inquiétudes soulevées par cette analyse. Si la mesure venait à être définitivement adoptée, OVHcloud pourrait être amené à répercuter une partie de cette charge supplémentaire sur ses clients.

Le dirigeant critique notamment le plafonnement basé sur le chiffre d'affaires, estimant qu'il ne reflète pas correctement le coût réel du transport des données.

En effet, les revenus d'un hébergeur proviennent de nombreuses activités, comme la location de serveurs, le stockage, les services cloud ou l'exploitation des centres de données. Ces activités ne reposent pas toutes sur les mêmes volumes de bande passante.

Octave Klaba s'inquiète aussi d'un possible déséquilibre concurrentiel entre les entreprises établies en France et les groupes internationaux. Il estime que les acteurs français pourraient être plus facilement soumis à cette contribution, tandis que son recouvrement auprès d'entreprises étrangères sans implantation locale pourrait s'avérer plus complexe.

Le texte prévoit pourtant également de taxer les entreprises sans établissement en France. La difficulté soulevée par OVHcloud concerne donc principalement l'application pratique de cette obligation et ses éventuelles conséquences sur la concurrence.

De leur côté, les auteurs de l'amendement défendent une fiscalité plus équitable entre les entreprises implantées en France et les grandes plateformes internationales. Ils souhaitent également encourager l'optimisation et la compression des données transmises sur Internet.

La taxe au gigaoctet n'est toujours pas définitivement adoptée

Pour rappel, l'amendement porté par le député Laurent Lhardit a été adopté le 30 octobre 2026 par 11 voix contre 10, malgré les avis défavorables du gouvernement et du rapporteur général du budget.

Cette adoption ne signifie toutefois pas que la taxe est déjà applicable. Le projet de loi de finances pour 2027 doit encore franchir plusieurs étapes parlementaires avant qu'une éventuelle entrée en vigueur puisse être envisagée.

Après les critiques exprimées par VideoLAN, l'organisation à l'origine du lecteur multimédia gratuit VLC, les chiffres avancés par le patron d'OVHcloud montrent que le débat dépasse désormais les seules plateformes comme Netflix ou YouTube.

Les hébergeurs, les fournisseurs de services cloud et leurs clients pourraient également être concernés par les conséquences économiques de cette mesure.

Pour les internautes comme pour les entreprises, aucune augmentation automatique des tarifs n'est donc actée aujourd'hui. Mais l'analyse d'Octave Klaba apporte un nouvel élément au débat : au-delà des recettes fiscales espérées, la question porte désormais sur le coût réel de la distribution des données et sur la compétitivité des acteurs numériques français

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