Suite aux récentes restructurations et à la panique boursière survenue il y a quelques mois, une véritable onde de choc s’est propagée au sein du studio Ubisoft. Développeurs expérimentés et figures clés du métier quittent le navire, entre licenciements et départs volontaires. Un studio en péril. Analyse de la chute d’un géant français du jeu vidéo, enrichie également par le témoignage de mon propre parcours au sein d’Ubisoft, que j’ai eu la chance de vivre par le passé, à la fois en tant que bénévole et membre du programme Delta Company.

 

Ubisoft annonce une restructuration économique et ferme des studios dans le monde

Sous l’impulsion directe d’Yves Guillemot, PDG d’Ubisoft, la direction a annoncé une restructuration globale de l’entreprise, entraînant la fermeture de plusieurs studios à travers le monde comme au Canada. La justification officielle évoque une rationalisation des opérations et une réduction des coûts à l’échelle mondiale… et désormais aussi en France.

Les salariés sont gentiment poussés vers la sortie via des licenciements accompagnés de promesses de suivi. Rien que d’écrire ces lignes me met hors de moi.

Comment peut-on licencier des développeurs ayant parfois plus de 20 ans d’expérience sous le simple prétexte d’une restructuration ? Ironiquement, les plus malins sont sans doute les créateurs de Clair Obscur: Expedition 33, fondé par une équipe d’anciens salariés Ubisoft. Comme quoi.

 

Ubisoft réorganise et sécurise ses franchises phares

Ubisoft a réorganisé ses licences majeures, Assassin’s Creed, en plusieurs "maisons" pour créer des entités stratégiques comme Vantage Studios, quasi indépendantes, avec des financements colossaux apportés par le géant chinois Tencent.

Mais qui dit réorganisation dit forcément relocalisation et licenciements. Face aux décisions de la direction, de nombreux salariés ont préféré quitter le navire d’eux-mêmes ou faire grève, comme au studio de Paris, tandis que d’autres ont choisi de se regrouper pour fonder leur propre studio, loin d’Ubisoft.

 

Chute libre en Bourse : Ubisoft au fond du trou, sous les 5 €

En moins d’un an, Ubisoft a vu son action s’effondrer : de 11,72€ le 28 janvier 2025 à seulement 4,52€ le 27 janvier 2026, soit une chute de 62% selon les données boursières relayées par Google. Le signal est catastrophique.

Les investisseurs ne sont pas rassurés, d’autant plus qu’en parallèle de la restructuration interne et des fermetures de studios, Ubisoft se permet d’annuler six jeux très attendus par les fans, invoquant des raisons économiques estimées à 200 millions d’euros.

 

Ubisoft bourse Google
Ubisoft, Bourse Google

 

Des salariés quittent Ubisoft de leur propre initiative

Sur LinkedIn, les messages se multiplient : de nombreux talents Ubisoft annoncent leur départ volontaire, parfois après plus de dix ans d’ancienneté. Ubisoft a longtemps été un fleuron du jeu vidéo français, un studio au sommet de sa forme.

Mais depuis 2025, plus rien ne va. Entre affaires juridiques, fermetures en série comme XDefiant, échecs commerciaux retentissants comme Roller Champions, et abandon progressif de ce qui faisait l’ADN d’Ubisoft (programmes Star Players, Delta Company, et bien d’autres), le studio semble avoir perdu son cap.

 

preuve de départ volontaire
Témoignage d'un membre de Ubisoft sur LinkedIn

 

Quel impact pour les joueurs et leurs licences préférées ?

Soyons honnêtes : si les meilleurs talents d’Ubisoft quittent le navire, ils iront soit vers des studios offrant de meilleures conditions de travail et des salaires plus attractifs, soit ils finiront par ouvrir leur propre studio. Ceux qui restent devront composer avec la peur, la pression et une créativité bridée.

Clair Obscur en est l’exemple parfait, Et pour appuyer cette analyse, 55 licenciements ont déjà été confirmés chez Massive et Stockholm, studios à l’origine de The Division, The Division 2 et, théoriquement, de The Division 3… si ce dernier voit le jour, sans parler de la fermeture des serveurs de The Crew. La confiance des joueurs est désormais clairement rompue.

 

Mais que pensent vraiment les joueurs de ce bazar ?

La réponse est visible partout : forums, réseaux sociaux, plateformes communautaires. Ubisoft est aujourd’hui perçu comme un éditeur qui recycle sans cesse les mêmes recettes. Des open worlds à outrance, au détriment de l’essentiel : des mondes plus compacts, mais plus riches et cohérents.

Les productions Ubisoft de 2024 et 2025 se résument pour les joueurs à des open worlds vides. Une fois l’histoire principale terminée, les quêtes annexes et les collectibles lassent rapidement. À cela s’ajoutent un manque de réalisme flagrant et des conflits culturels mal maîtrisés, comme l’a montré Assassin’s Creed Shadows.

Une chose est sûre : la confiance envers l’éditeur est largement perdue. Une simple recherche Google suffit à être inondé d’articles parlant de licenciements massifs, d’actions en chute libre, de départs volontaires, de décisions discutables de la direction et de l’influence croissante de Tencent.

 

Ubisoft avis des joueurs Truspilot
Ubisoft avis des joueurs sur Truspilot

 

J’ai été moi-même modérateur Ubisoft et membre de la Delta Company : rien n’est rose

Pendant près de cinq ans, j’ai eu la chance de faire partie de la modération bénévole des forums Ubisoft France, pour The Division et Far Cry, à l’époque où The Division 1 était un immense succès, tout comme Far Cry 5.

Mais déjà, Ubisoft commençait à écarter progressivement ses intervenants les plus investis. Mes collègues français et moi avons été évincés via un simple message Discord. Une nouvelle community manager arrive, ferme les forums Ubisoft, et nous exclut de la modération sans la moindre contrepartie ni remerciement. J’en garde encore un goût amer.

Avec l’une de mes meilleures amies, nous avions même créé la communauté française de The Division, un Discord qui comptait plus de 8 000 joueurs, au point qu’Ubisoft nous avait proposé de le reprendre officiellement.

Le point de rupture ? La création du programme Delta Company, censé représenter l’élite de Ghost Recon Breakpoint. J’ai été invité à Paris, j’ai échangé avec Stipmister et de nombreux membres de cette promotion. Nous avons même organisé un tournoi sur scène lors de la Paris Games Week.

Puis, quelques années plus tard, tout s’arrête. Le jeu est abandonné, les joueurs fidèles aussi. Le programme est supprimé du jour au lendemain, exactement comme les forums Ubisoft. Et la communauté dans tout ça ? Les fans ? Les clients ? Silence radio.

 

Forums Ubisofts fermé

 

Affaire à suivre…

Jusqu’où ira Ubisoft, autrefois l’un des plus grands studios français, qui nous a fait vibrer avec Rayman, ses Lapins Crétins, The Division, Far Cry, Assassin's Creed et The Crew, et qui risque clairement de changer de pavillon si cette trajectoire se poursuit ?

 

Sources : Google Bourse, LinkedIn, Ubisoft, Expérience Ubisoft